Comment rester une grande puissance ?

 

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Pourquoi faut-il augmenter le budget de [...]
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L'Euro et l'effondrement de l'économie française

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Adieu Michel Rocard

Par le Général (2S) Jean Menu
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Défense Nationale et budget

Défense Nationale et Budget
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La dévaluation de l’euro est un faux semblant

 

Pour redresser le taux d’inflation devenu négatif, la Banque centrale européenne mise avant tout sur la dévaluation de l’euro. Sans le dire, mais personne n’est dupe. La hausse des prix importés et le soutien des exportations lui apparaissent en effet comme le moyen d’action le plus approprié pour tirer les prix vers le haut alors même que des facteurs beaucoup plus fondamentaux sont à l’œuvre : mondialisation exerçant une pression constante sur les coûts de production, ralentissement de la croissance mondiale, politiques d’austérité inscrites dans les Traités européens. A chaque annonce de la BCE, la réaction du marché des changes est ainsi scrutée par les investisseurs. Ce sera à nouveau le cas après la réunion du conseil des gouverneurs, jeudi 10 mars.
En apparence, même si depuis l’été 2014 l’objectif d’une remontée du taux annuel d’inflation est loin d’avoir été atteint (- 0,2 % en février 2016, + 0,3 % en août 2014 ; respectivement + 0,7 % et 0,9 % hors énergie et alimentation), l’objectif de dévaluation de l’euro semble en revanche l’avoir été. Alors que banques centrales américaine et européenne ont mis en place des politiques monétaires divergentes, la première plus restrictive, la seconde plus accommodante, le cours de l’euro face au dollar est passé de 1,36 à 1,10 (cours moyen sur les quatre derniers mois), soit une baisse assez spectaculaire de 19 %.

 

Mais derrière ce chiffre qui comble de satisfaction certains de nos dirigeants politiques, se cache une réalité toute différente...


Lorsque l’on analyse le taux de change « effectif » nominal, c’est-à-dire le taux de change pondéré par la structure des échanges, donc tenant compte des variations des monnaies locales, on constate qu’au cours de la période allant d’août 2014 à fin 2015 la réévaluation effective du dollar pour les Etats-Unis est de 21 %, la dévaluation effective de l’euro pour la zone euro n’est que de 4 % seulement, et de 2 % pour la France !

 

Ces chiffres montrent que la variation de la parité euro-dollar sur laquelle chacun porte son attention correspond plus à une réévaluation du dollar par rapport à l’ensemble des monnaies dans le monde qu’à une baisse de l’euro. Pour la France, l’ajustement monétaire est de l’épaisseur du trait. La baisse dont elle a besoin pour compenser la hausse des coûts de production des quinze dernières années est loin d’être là. Pour l’Allemagne, le coup de pouce monétaire, même modeste, contribue à l’augmentation des excédents courants qui sont désormais à des niveaux inédits : entre 8 et 9 % du PIB en 2015 et 2016 ! Keynes, qui blâmait les excédents courants excessifs autant que les déficits, aurait porté un jugement bien sévère sur cette dérive…

 

Le 10 mars, lors de la réunion du Conseil des gouverneurs, le Président de la BCE pourrait annoncer de nouvelles mesures de politique monétaire. Prendra-t-il le risque d’accroître à nouveau la création monétaire et de favoriser les bulles financières qui l’accompagnent alors que, dans le même temps, les effets de cette politique sur l’économie réelle laissent pour le moins perplexe ? La BCE ne s’inquiétait-elle pas elle-même de l’émergence de ces bulles dès le printemps 2014 en évoquant « une liquidité abondante » au niveau mondial (Revue de la stabilité financière) ? Danièle Nouy, présidente du Mécanisme de supervision unique (MSU), ne vient-elle pas de mettre en garde sur un risque de « retournement brutal » ? Lorsque les taux sont à zéro, voire négatifs, le risque est grand que les liquidités déversées sur les marchés par la banque centrale ne s’orientent vers les actifs financiers les plus risqués, puisqu’ils sont les seuls à présenter une rentabilité convenable.

 

A la différence de ce qui se passe aux Etats-Unis, où la Réserve Fédérale s’interdit toute immixtion dans la sphère gouvernementale, les dirigeants des banques centrales européennes ont parfois la tentation d’occuper le terrain des gouvernements, en leur prodiguant de multiples conseils en matière de réformes structurelles et d’intégration politique. Le plus urgent serait peut-être qu’ils nous convainquent de la pertinence de leur propre politique.

 

Le Monde 9 mars 2016

Les drones de reconnaissance

 

 

Général (2S) Jean MENU

Une armée sans agents secrets est exactement comme un homme sans yeux ni oreilles.
(L'Art de la guerre de Sun Tzu, il y a 2500 ans)

 

Depuis l’aube de l’humanité, les premiers groupes humains confrontés à une nécessité vitale de mieux appréhender leur environnement, devaient voir, écouter, sentir, analyser, transmettre et décider d’agir en se contentant, faute de mieux, d’utiliser leurs capteurs naturels. De nos jours, les militaires appliquent toujours ces principes de base et malgré l'explosion des technologies d’observation de la terre, d’écoute, de télécommunications, d’informatique, et la sophistication des systèmes de renseignement militaire, l’homme reste encore au cœur du système, totalement intégré et incontournable dans les boucles de décision et d’action.

 

Mais les progrès ont été longs à venir, surtout dans la conquête de la troisième dimension particulièrement prisée pour mieux se renseigner au-delà de la ligne des crêtes.

 

Hormis l'utilisation du relief, du ballon captif à la bataille de Fleurus le 26 juin 1794 et pendant la guerre de 1870, il a fallu attendre la première guerre mondiale pour voir la reconnaissance aérienne prendre son essor et bénéficier progressivement de toutes les avancées technologiques. C'est depuis une cinquantaine d’années que les satellites ont révolutionné l'art du renseignement en permettant non seulement le survol et l'observation des pays étrangers en toute impunité mais aussi en développant considérablement les moyens d’écoute, de télécommunications et de navigation mises à la disposition des activités civiles et militaires, en particulier des drones. 

 

De quoi s’agit-il quand on parle de drone ?

 

Aujourd’hui Il est beaucoup question de drones dans les médias ou au café du commerce. Je ne parlerai ni des mini drones équipés de petites caméras pour amuser les grands adolescents, aider la SNCF à surveiller ses voies ferrées ou venir en appui des reportages sur le tour de France, ni des petits drones militaires de portée allant jusqu’à 50 km et relevant du domaine tactique mis en œuvre par l’Armée de terre et la Marine. 

 

Je me limiterai à présenter le système de drones de Moyenne Altitude et de Longue Endurance, MALE pour respecter les acronymes chers aux spécialistes. Ce nouveau système relève davantage du domaine stratégique et succède au drone Hunter de fabrication israélienne, entré en service en 1995 dans l’Armée de l’air et utilisé au Kosovo en 2001. Cependant ses performances ont été jugées insuffisantes. 

 

Les nouveaux MALE ont été acquis en 2008 par le ministère de la Défense qui a de nouveau confié sa mise en œuvre opérationnelle à l’Armée de l’air. Il a été déployé depuis 2009 sur plusieurs théâtres d’opérations extérieures, en Afghanistan, en Libye, au Sahel mais aussi sur le territoire national pour assurer par exemple la sécurité des commémorations du 6 juin en Normandie et au dessus de Paris le 14 juillet, sans oublier bien entendu leur rôle dans le soutien des forces de sécurité engagées dans la lutte contre le terrorisme. 

 

St Exupery, qui fut aussi pilote de Lightning P38 au groupe de reconnaissance 2/33 pendant la 2ème guerre mondiale, disait «  l’essentiel est invisible pour les yeux ». 

 

C’est la raison pour laquelle, afin de remplir ses missions, de jour comme de nuit, le MALE est équipé de toute une gamme de capteurs spécialisés dans la surveillance du sol qui lui permettent de s’affranchir des conditions météorologiques.

 

Ont donc été intégrés : 

  • des capteurs Optroniques avec une vidéo à Intensification de lumière et Infrarouge qui assurent, à la différence de la photo, une surveillance continue et en temps réel de tout ce qui se passe au sol. ​
  • d’un Télémètre Laser, chargé de désigner par rayon Laser des cibles pour les avions de combat larguant des bombes guidées ou au bénéfice des troupes au sol
  • Enfin Un capteur Radar délivrant une Imagerie Radar, complément indispensable quand la vue du sol n’est plus possible pour des questions météorologiques.

 

Le drone MALE fait partie d’un système complet de télécommunications comprenant une cabine à partir de laquelle, sont assurés par des liaisons satellitaires sécurisées, à la fois le pilotage à distance et la commande des capteurs embarqués qui transmettent en temps réel et en continu, le renseignement collecté vers toute la chaîne de commandement, au niveau national ou à celui du théâtre d’opérations. Le drone dispose de radio, de moyens de navigation, de centrale à inertie, de GPS. Il peut donc naviguer avec précision, s’insérer et évoluer dans un espace aérien organisé à des altitudes suffisamment élevées pour lui garantir quand cela est nécessaire, discrétion et endurance. 


Il ne s’agit pas un avion sans pilote mais d’un avion piloté à distance par des équipages experts en aéronautique et en renseignement positionnés dans une station sol. Tous les pilotes sont des personnels navigants de l'armée de l'air, pilotes de chasse pour la plupart, ou navigateurs de combat chargés de la manœuvre des capteurs. 


Ces catégories de personnels sont indispensables, car déployés sur des zones de guerre, ils doivent posséder une culture militaire et tactique, ils volent dans un espace aérien où ils ne sont pas seuls. Ils doivent s'intégrer dans une circulation aérienne complexe au milieu d’avions de combat armés, de transport, d’hélicoptères. Ils doivent aussi se coordonner avec les troupes au sol, leur livrer des informations tactiques, voire "illuminer" des cibles pour les armes guidées par laser. 

 

C’est ainsi que par une occupation de longue durée de l’espace aérien, il est possible avec ces équipages, d’assurer une permanence de la connaissance de la situation au sol, l’escorte des convois terrestres progressant dans des zones à haut risque, le ciblage d’objectifs, l’appui aux opérations des forces conventionnelles et spéciales, l’évaluation des dégâts et si nécessaire l’appréciation des risques de dommages collatéraux. 

 

Nous n’avons donc pas affaire à de l'aéromodélisme, mais à du pilotage de combat car il s’agit également de ramener son appareil intact à la maison pour être remis en œuvre en vue d’une nouvelle mission !

 

Moyens de l’Armée de l’air

 

Actuellement, l’escadron de drones 1/33 Belfort stationné à Cognac, est équipé :

  • depuis 2008 du Harfang fruit d’une coopération entre EADS et IAI, l’entreprise de construction aéronautique israélienne, livré avec 5 ans de retard en raison de la non-concordance des capacités de l’appareil avec le cahier des charges. Il comprend 2 systèmes avec 4 avions.
  • En janvier 2014, est arrivé le système Reaper de conception américaine, avec 3 avions. Par rapport au Harfang, Le Reaper est 4 fois plus lourd (près de 5 tonnes), 2 fois plus rapide (400 Km/h), croise à une altitude 2 fois plus élevée (12 000 m) et peut rester en vol plus de 24 heures. Il est donc nettement plus performant tant au niveau de ses capteurs que du temps qu’il peut passer sur la zone d’opérations.

 

La LPM prévoit deux systèmes supplémentaires de drones MALE Reaper en 2017 et deux autres en 2019. Avec un total de douze drones en service en 2019, la connaissance et l'anticipation resteront une priorité du Ministère de la défense. 


L’urgence des opérations extérieures avait contraint le Ministère de la Défense à avancer de 3 ans la date de livraison du Reaper. A peine 10 mois se sont écoulés, ce qui est rapide, entre la décision d’acquisition et le premier vol. En contre partie il a été demandé de pouvoir bénéficier d’un soutien technique et opérationnel des Etats Unis pour la version actuelle. La phase transitoire durera jusqu’en 2017, date à laquelle sera livrée la version francisée du drone qui mettra fin à l’assistance américaine. 


Les équipages sont formés aux Etats Unis sur la Base aérienne d’Holloman située au nouveau Mexique. Le stage dure 4 mois.


Compte tenu du manque d’expertise actuelle des pilotes Français qui ont besoin d’acquérir une expérience de 600 heures avant d’en prendre l’entière responsabilité., le décollage et l’atterrissage sur une piste comme on le fait avec d'autres aéronefs, sont assurés actuellement à Niamey par les Américains qui ont également déployé leur propre système, car ces phases sont particulièrement délicates avec des appareils de 1 à 5 tonnes, entre 17 et 20 mètres d'envergure, surtout par mauvaises conditions météorologiques et vent de travers. Le reste du vol, c'est-à-dire l’essentiel est entièrement confié à la France. 


Ce soutien actuel ne remet absolument pas en cause les missions conduites par la France en toute indépendance sur nos théâtres d’opérations extérieures où des résultats exceptionnels ont été obtenus, largement salués par les Américains qui apprécient notre capacité autonome d’évaluation de situation en mesure d’apporter des avis différents. Ils ne sont pas toujours connus du grand public pour des raisons évidentes de sécurité. Néanmoins, beaucoup de téléspectateurs ont pu voir en différé, le parachutage en pleine nuit d’éléments de nos forces terrestres au Mali, filmé par un drone positionné à la verticale des avions de transport et qui bien entendu avait été retransmis en direct vers nos centres de commandement et de conduite des opérations. 
Cependant, le drone ne remplace pas les autres moyens actuels de reconnaissance et de renseignement. Il vient en combler certaines lacunes en particulier dans le domaine de la continuité de la surveillance d’une cible et de son environnement. Les avions et les satellites sur leur orbite prennent au passage des images d’un objectif. Avec les drones, et la présence permanente d’un équipage dans sa cabine au sol, on peut rester parfois plus de vingt-quatre heures en vol. Le recueil et la transmission de l’information sont devenus continus vers toute la chaîne de commandement, contrairement aux avions de reconnaissance de première génération qui pendant longtemps devaient revenir sur leur base pour développer et exploiter les films. Il a fallu attendre le Mirage F1CR et maintenant le Rafale avant de voir les premières transmissions en vol rendues possibles mais dans certaines conditions sans aucune comparaison avec le drone. 


En revanche, si un drone possède d’immenses qualités, il reste vulnérable aux mauvaises conditions météorologiques et il a besoin que la supériorité aérienne soit acquise car dans un environnement très hostile, avec des capacités de manœuvre limitées et sans contre mesure, il ne volerait pas très longtemps… De plus, pour être en mesure de piloter tout le système à distance, il est indispensable de garantir la supériorité cybernétique et en conséquence la sureté des liaisons satellitaires. 

 

On aura donc toujours besoin d’assurer une fonction de reconnaissance tactique, mission remplie aujourd’hui avec le Rafale équipé d’un système de reconnaissance de nouvelle génération dont les capacités de manœuvrabilité, de survivabilité et d’autoprotection sont nettement supérieures.

 

Situation dans le monde

 

Actuellement, seuls trois pays ont déployés des drones armés : Israël, les États-Unis et le Royaume-Uni. Leur emploi parfois ciblé sur l’élimination de responsables terroristes fait l’objet de débats sur l’aspect moral, surtout quand il génère des dégâts collatéraux sur des civils estimés innocents. Les attentats aveugles sont-ils plus moraux ? La fin justifie-t-elle les moyens ? La guerre est-elle morale ? 

 

D’autres, comme la Chine, la Russie, l’Iran, l’Inde et le Pakistan en développent. Pour l’instant, ce n’est pas le cas de la France. Bien qu’aucune décision n’ait été prise dans ce domaine, il serait logique qu’une telle orientation puisse être décidée car à la lumière des opérations actuelles, il est évident que le traitement d’un objectif de la taille d’un 4/4 dans le désert serait plus rapide et moins coûteux que l’emploi d’un avion de combat.

 

Avenir des drones

 

Dans le futur, des drones de combat pourraient éventuellement compléter ces moyens dans un espace aérien très contesté.

 

C’est dans cette optique que la France, l’Espagne, la Suède, l’Italie et l’Allemagne ont décidé en 2006 de lancer un démonstrateur nEUROn furtif dont la maîtrise d’œuvre est confiée à Dassault. 120 vols ont déjà été réalisés sur la base d’Istres. A ce stade, aucun objectif d’État-major n’a été rédigé.


De leur côté, les Américains (X47-B), les Chinois (Dark Sword) et les Britanniques (Taranis), se sont lancés dans des études comparables avec une mise en service prévue dans les années 2020.

 

Enfin, dans le cadre de l’accord de Défense Franco Britannique, des discussions sont également en cours pour définir un programme commun en bilatéral.

L'Europe de Jean Monnet est morte !

Par Michel Pinton
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CONSTRUIRE L’UNION FRANCOPHONE
POUR CONSOLIDER
LA PLAQUE LINGUISTIQUE DE LANGUE FRANCAISE


Cette idée a été relancée récemment, notamment par Jacques Attali et Pouria Amirshami. La France devrait s’y engager ; c’est un grand projet dont elle a besoin pour rester une Nation, affirmer son universalisme spécifique et bâtir sa grandeur de demain. 


La « Globalization » met en contact, en frottement, pacifiquement ou non, des « plaques » de puissance et d’influence économiques, culturelles  mais aussi linguistiques. Les unions géoculturelles qui rassemblent des peuples partageant une même langue sont de telles plaques d’influence linguistiques. La Francophonie constitue donc la plaque linguistique de langue française. La France a vocation à en être le chef de file comme la Chine l’est pour une grande partie de l’Asie, la Russie pour  l’Eurasie. C’est une opportunité à ne pas «laisser filer » au moment où, par ailleurs, l’Allemagne joue de fait, de plus en plus, ce rôle en Europe
Son liant, c’est la langue française, son ciment l’agir, le vivre ensemble qu’elle permet.  


La plaque linguistique francophone sera d’autant plus importante et visible dans la mondialisation, qu’elle rassemblera un plus grand nombre de pays et comportera un plus grand nombre de locuteurs parlant français. Elle sera d’autant plus soudée qu’elle sera utile, bien réticulée, source de développement et de progrès et traversée par de grands réseaux fédérateurs de coopération et d’agir ensemble.
C’est dire l’importance de défendre et promouvoir la langue française et de développer la coopération et le vivre ensemble francophones. Les vents contraires sont nombreux. Les plus forts, ce sont ceux venant de la France du fait du renoncement actuel de ses élites, à son identité, à sa langue et à la Francophonie comme facteur de puissance.


Construire l’Union francophone c’est certainement le meilleur moyen voire le seul pour relancer la Francophonie et assurer sa pérennité dans un monde dominé par la puissance uniformisante anglo-saxonne, mais qui veut la diversité. Il s’agit de donner un contenu d’avenir à la plaque francophone, la troisième francophonie, la francophonie mondialisée, caractérisée par le dialogue des cultures et la solidarité qui prend la suite logique de la Francophonie d’Onésime Reclus et de la Francophonie de Léopold Sedar Senghor.


Voilà le défi posé, le chantier offert à la nouvelle Secrétaire générale Madame Michaëlle JEAN qui vient d’être nommée, fin 2014, au dernier Sommet de la Francophonie de Dakar, à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).


Que faire ?


D’abord un énorme et moderne travail de communication surtout en France où la Francophonie n’est connue de personne ni comme entité, ni comme concept. À titre d’anecdote significative, un haut fonctionnaire de l’Organisation internationale de la Francophonie se voyait demander récemment les statuts loi 1901 de son « association » alors qu’il cherchait à louer à Paris un appartement au nom de l’OIF. ONU, Union européenne et même Commonwealth connais, mais OIF connais pas. Voilà la triste réalité. Il faut s’attacher à mettre la Francophonie dans les têtes. Autre exemple, toutes les Écoles de Commerce françaises abandonnent leur nom en français pour un nom en anglais. C’est inacceptable. Une démarche de l’OIF au plus haut niveau auprès de leur Association pour y mettre fin est urgente et indispensable. C’est une question de bon sens.
En termes de communication, à l’interne, TV5MONDE doit être plus que maintenant, la télévision qui parle de la Francophonie et rend compte de ses activités. À l’externe, il faut que la Francophonie participe sur les plateaux de télévision nationaux aux grands débats politiques, économiques et culturels et noue des partenariats avec les associations, les fédérations et autres organisations … qui structurent les sociétés civiles. Faire connaitre l’Organisation internationale de la Francophonie est une nécessité.
Tout en assurant la continuité des actions déjà menées en matière de francophonie politique et de francophonie de solidarité, il faut de nouveaux programmes visibles et utiles. Mais pour qu’ils atteignent la masse critique et pour tenir compte des restrictions budgétaires, le partenariat doit être la règle ainsi que la mutualisation.


En matière de liant on pourrait se laisser aller à l’optimisme béat vu les projections démographiques africaines de 700 millions ou plus de francophones en 2050. Faut-il encore que pour y parvenir, certains pays africains n’abandonnent pas, comme le Rwanda, le français pour l’anglais et ceci est d’autant plus possible que les Français vont largement dans ce sens. 


Une bataille, une guerre est à mener d’urgence contre l’« anglobal » appelé aussi « anglobish ». Citant le livre de réflexion sur la langue française d’Alain Borer,  De quel amour blessée, Bernard Pivot a décrit dans le JDD du 14 juin cette maladie envahissante qui consiste à truffer les phrases de mots, d’expressions anglaises même lorsque l’équivalent français existe. Celui-ci est vite délaissé, oublié, jugé ringard. « La vitesse de propagation de l’anglais constitue un phénomène jamais vu dans l’histoire de la langue ».
Le partage du français étant le liant de la plaque francophone, la Francophonie et en particulier la Francophonie en Afrique, a besoin d’un grand nombre de professeurs de français pour enseigner le français aux jeunes francophones issus du « boom » démographique en cours. Un gros effort de formation a déjà été fait en particulier par l’OIF avec le programme IFADEM et le bilatéral français, mais on est très loin du compte. Il faut mettre en œuvre dans ce domaine en mutualisant les efforts, en multipliant les partenariats, en particulier avec les Collectivités locales, un grand réseau fédérateur de formation des enseignants de français.  


Pour cimenter la plaque francophone, d’autres grands réseaux de coopération   utiles et visibles sont à portée de main en s’appuyant sur l’existant dans les sociétés civiles.
Un réseau sportif en partenariat avec les fédérations sportives nationales et internationales. Quel francophone ne rêve-t-il pas, par exemple, d’une coupe francophone de football ? 
Un réseau universitaire de formation à l’excellence et aux métiers en partenariat avec l’AUF, l’Université Senghor d’Alexandrie, les établissements et leurs regroupements. Soyons le creuset de la formation des élites francophones en particulier dans le cadre du LMD. Les briques de ce réseau existent, il faut les rassembler et donner ampleur et cohérence à l’ensemble.


Un réseau économique impliquant les entreprises, s’appuyant sur les Chambres de Commerce et d’Industrie avec l’obsession de faire prendre conscience aux entreprises francophones de leurs forces et de leur faire connaitre la réalité économique de la Francophonie et ses potentialités.
Cette première énumération n’est pas exclusive, le champ des possibilités est large mais il faut pour que les réseaux réussissent s’assurer, outre leur utilité, de l’existence de grands partenaires forts et visibles dans les sociétés civiles.
En conclusion, la plaque linguistique francophone est une réalité pleine de potentialités.


 Il faut espérer que la nouvelle Secrétaire générale, Madame Michaëlle JEAN, pourra convaincre les pays francophones et la France en particulier, de se saisir de l’opportunité géopolitique et de développement qu’elle représente pour eux. 

 

Recteur Michel Guillou
Saint-Maur
Le 12 juillet 2015
 

Une nouvelle Bataille mondiale du français est engagée !

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Lettre à Mme Hidalgo

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Coignard : Éducation nationale, la haine de l'excellence

 

Le Point - Publié le 13/04/2015 à 06:33

 

La suppression du latin et du grec comme disciplines est entérinée. Un attentat contre la culture, et surtout contre l'égalité.

 

Par Sophie Coignard

 

La curiosité n'est emprisonnée dans aucune catégorie "socioculturelle". L'envie d'apprendre non plus. C'est pour cette raison, entre autres, que l'apprentissage du latin et du grec font partie des "humanités". Humanités : un terme que le Conseil supérieur de l'éducation semble avoir rayé de sa carte. Mardi 10 mars, il a approuvé le projet de réforme des collèges, aux termes duquel ces langues anciennes deviennent de simples "EPI", des enseignements pratiques interdisciplinaires, au même titre que "corps, santé et sécurité" ou encore "monde économique et professionnel". 
Alors que la ministre de l'Éducation nationale répète à l'envi l'importance de la maîtrise du français et de la citoyenneté, de telles dispositions démentent tous ses discours : comment comprendre les mots et la démocratie sans savoir d'où ils viennent ?


Il n'existe aucune autre matière, enseignée dès le collège, à propos de laquelle tous les élèves se trouvent à ce point sur un pied d'égalité : les parents peuvent bien être des cadors de la finance, des as du CAC 40, ils ne sont, la plupart du temps, d'aucun secours pour donner un coup de pouce à leur enfant en grec ou en latin. Mais voilà : ces matières souffrent d'un délit d'élitisme, comme il existe un délit de sale gueule. 
Réservé à une élite

 

Le résultat de cette brillante réforme est d'ores et déjà prévisible : le latin et le grec continueront d'être enseignés dans quelques établissements d'exception, auxquels les enfants des classes les plus modestes n'ont presque jamais accès. Partout ailleurs, ils seront réduits à l'état d'activités récréatives, où il sera question, dans le meilleur des cas, de récits de civilisation et de mythologie, mais en aucun cas d'apprentissage rigoureux d'une langue.


Dans le compte rendu d'une réunion du 31 mars 2015 des associations de défense des langues anciennes avec le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, il apparaît que les élèves pourront, "s'ils le veulent", obtenir un complément de langue. Comment demander à un élève de collège de revendiquer l'apprentissage du grec ou du latin ? Seuls les parents éclairés parviendront, dans le meilleur des cas, à l'exiger.

 

La situation de l'économie mondiale.

Professeur Alain Cotta

L’économie mondiale entre aujourd’hui dans une phase enfin normalisée que les événements de l’année 2014 ne menacent guère, en dépit d’une désinformation médiatique à la fois organisée et involontaire. La baisse du prix du pétrole avait été depuis longtemps prévue, inscrite dans l’exploitation intensive du gaz de schiste aux États-Unis, demain dans le reste du monde. Les désordres de l’Afrique Centrale perdureront sans d’autres effets notables que leur exploitation digitale. Et la Russie ne fera pas davantage de vraie guerre que ses détracteurs proches ou lointains. L’économie des trois grands continents, deux et demi si l’on ramène les États-Unis à leurs justes proportions géographiques, a désormais intégré à peu près toutes les conséquences de la crise financière provoquée en 2008 par la faillite de Lehman Brothers.

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À commencer par celle des États-Unis où elle a eu lieu, où l’activité s’est progressivement redresser pour atteindre cette année son taux de croissance historique depuis deux siècles, 3 %. Aucun gros nuage ne menace le retour à la situation « normale » d’une économie qui, représentant toujours entre le tiers et le quart du produit mondial, exerce des effets directs sur l’activité d’autres continents, en particulier asiatique. Ce redressement appelle cependant quelques commentaires.
D’abord qu’il aura fallu de six à sept ans pour que la dépression puis la stagnation cèdent le pas… Ce délai n’est pas sans rappeler celui de la durée habituelle des fameux cycles du XIXe siècle et des débuts, jusqu’en 1939, du XXe. Est-ce une coïncidence ou un retour à des fluctuations cycliques qui ont empoisonné les sociétés occidentales aussi longtemps ? Cette éventualité ne saurait être exclue, ce qui n’est pas sans effet sur les prévisions, donc sur les comportements de tous les grands acteurs de l’économie mondiale.
Ensuite que ce redressement ne s’est pas effectué sans effort, à commencer par ceux dont ont souffert la « classe » moyenne, et ce qui restait de sa composante ouvrière. La stagnation de leurs salaires depuis vingt ans a continué et s’est même accrue dans certains secteurs – l’automobile notamment – ce qui a valu à Detroit de presque disparaître. Le nombre de maisons abandonnées, faute de pouvoir honorer les prêts qui les avaient financées, s’est accru dans des proportions jusqu’alors inconnues. Les déplacements intracontinentaux, habituels pour des populations sans longues racines historiques, ont accompagné la multiplication des habitats mobiles. Au-delà de cette composante spécifique, la classe moyenne n’a toujours pas retrouvé son dynamisme d’antan, ce qui laisse prévoir une remontée progressive de son taux d’épargne.
Cette stagnation, voire compression, des salaires les plus bas et moyens a été indiscutablement l’une des causes essentielles d’un redressement nécessaire pour affronter la concurrence nouvelle des pays émergeants autorisés, enfin, à connaître les bénéfices du progrès technique. Pour autant et toujours pour cause de mondialisation, cette compression des salaires alimentait les plus fortes inégalités de revenu connues par les États-Unis. Celles consécutives à la première et seconde révolution industrielle ayant présidé à la naissance des premières grandes fortunes mondiales (Rockefeller, Carnegie et autre Morgan) paraissent aujourd’hui sans commune mesure, presque ridicules, comparées à celles qui sont nées des premières années de la mondialisation et qui vont suivre en s’exportant toujours davantage. Les inégalités sociales aux États-Unis ont désormais un niveau jusqu’alors inconnu. Leurs effets purement économiques sont d’ores et déjà prévisibles. La durée de la reprise pourrait être d’un ordre voisin à celles du XIXe siècle, soit deux à trois ans si leur intensité n’était pas réduite – ce qui paraît improbable, le rêve américain étant indissociable d’inégalités aussi élevées que possible, du moins quand elles restaient à une dimension humaine, continentale et non mondiale.
Il faut, enfin, s’attendre à ce que les modalités actuelles de l’expansion soient durables et déterminent les conjonctures futures de l’économie américaine. Jusqu’à la présidence de Ronald Reagan, le complexe militaro-industriel constituait le moteur fondamental d’une expansion à vitesse certes variable, néanmoins continue. L’usage du dollar accompagnait la présence d’une diplomatie hégémonique, elle-même fermement adossée à une armée sans frontière.
Or, depuis deux décennies, une évolution profonde se précise aux différents contenus complémentaires. L’âge digito-médiatique s’est substitué à l’âge militaro-industriel. Les moteurs essentiels de la croissance ne sont plus dans les usines mais dans des centres informatiques alimentés par des programmes et autres logiciels qui en sont les matières premières. Ainsi ne faut-il pas s’étonner que les armées américaines se replient et que ses instruments soient de plus en plus télécommandés. Pas étonnant non plus que l’usage et le cours du dollar soient de plus déterminés par des considérations internes et des difficultés extérieures et, donc, que les pouvoirs dirigeants de la société américaine se soient, eux aussi, profondément modifiés. Beaucoup moins d’industriels et de militaires, beaucoup plus de financiers, de services secrets et de réseaux médiatiques.
Dans ces conditions, la conjoncture future de l’économie américaine pourrait être profondément différente et celle de la période du dernier demi-siècle précédent ; et qu’elle dépende de plus en plus de l’avenir de la médiatisation sociale et de la croissance des pays émergents désirant d’accéder à la production et à l’usage des biens industriels qui firent la croissance continue des États-Unis durant deux siècles.

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L’une des raisons supplémentaires d’une conjoncture nouvelle n’est pas la moindre : la mondialisation s’est réalisée réellement avec l’émergence économique des nations jusque-là à l’écart des avantages des progrès techniques, en particulier ceux du continent asiatique et plus encore de la Chine, tenue en lisière et partiellement colonisée depuis deux siècles. Près de quatre milliards d’êtres humains, près de la moitié de la population mondiale (Inde 1,4 et Chine 1,2 recensés) accédaient à un développement économique et social que l’univers occidental avait ouvert. De toutes ces nations, la Chine joue aujourd’hui le double rôle du modèle – pour les autres pays asiatiques – et de candidat au partage d’une hégémonie dont les États-Unis avaient eu pendant trois quarts de siècle le monopole.
Le produit national chinois est déjà très proche de celui des États-Unis et devrait le dépasser avant la moitié du siècle. Les raisons de sa croissance exceptionnelle, plus élevée que le fut celle des économies occidentales lors du XIXe et du XXe siècles, sont multiples et leur hiérarchie difficile à évaluer. D’abord des ressources naturelles – continentales – presque illimitées, du moins dans le moyen terme. Ensuite une population égale au double de celle de l’Occident, dont l’importance annonçait celle des marchés présents et futurs. Population au niveau de vie guère plus élevé que celui de la France ou de l’Angleterre au début du XIXe siècle, tellement anxieuse d’améliorer enfin ses conditions de vie qu’elle acceptait des niveaux de salaires égaux, au début de son ouverture mondiale, au dixième de celui des populations actives occidentales, assurant ainsi une compétitivité mondiale hors d’atteinte par les pays occidentaux, incités à délocaliser leurs sites de production en s’y installant.
Enfin, un « avantage du dernier partant » hors de proportion avec celui qu’avaient en tête ceux qui l’évoquèrent en Europe voici un siècle. Pour la Chine aujourd’hui, demain pour l’Inde, cette ouverture aux connaissances technologiques concernait non seulement l’industrie ancienne (textile, acier, énergie) mais aussi toutes celles de l’Age digital, informatique, robotique… L’accès quasi gratuit à ces « productions » dont la mise en œuvre avait exigé tant d’efforts de recherche et de développement en Occident constituait un effet d’aubaine d’une importance incommensurable.
Tous ces avantages « naturels » étaient disponibles avant même le début du processus d’une croissance d’une vitesse (8 % annuel sur longue période), très supérieure à celle des pays occidentaux (1 à 2 % pour l’Europe et 3 % pour les États-Unis) au XIXe siècle : encore fallait-il les mettre en œuvre en les conjuguant – ce qui fut accompli de façon magistrale par ce qu’il faut appeler un capitalisme d’État – dont les inspirateurs et agents appartenaient à un Parti de 80 millions de membres, effectifs supérieurs à la population totale de la France, de l’Angleterre ou de l’Allemagne. 
Ce Parti dit communiste adopte une politique économique tout à fait nouvelle sans commettre de fautes depuis plus d’une génération, en utilisant sans aucune réserve tous les instruments mis au point durant le XXe siècle par les pays occidentaux, pour partie dits classiques, et pour partie keynésiens. Classique, conforme à la fameuse théorie des coûts comparatifs, la politique qui privilégie dès l’origine et encore aujourd’hui les exportations qui représentent près de 30 % du produit national. Classique aussi cette politique de salaires qui explique que le consommateur atteigne à peine aujourd’hui 40 % de ce produit. Mais classique déjà, mitigé en réalité, l’usage croissant d’une politique monétaire d’inspiration pour partie keynésienne, favorable à la croissance de la masse monétaire et à l’autonomie partielle des banques alimentant des prêts bancaires néanmoins contrôlés si besoin par l’usage de ratios financiers appropriés.
Franchement keynésienne dans le rôle attribué à une planification de l’investissement – représentant près de 40 % du PIB – consacré à l’infrastructure et à une préférence pour la production de biens de consommation, ce qui différencie ce capitalisme d’État, au précédent russe incapable – toujours aujourd’hui d’ailleurs – d’assurer la production des biens durables à usage familial. La planification chinoise fait, au contraire, toute sa place à cet investissement ; ainsi la production automobile qui conditionne la paix sociale et l’émergence d’une classe moyenne gage d’équilibre social. Autre différence entre ces deux capitalismes d’État : le rôle des familles des dirigeants du Parti communiste chinois qui se sont octroyées, dans l’assentiment de ses instances, la direction de ces entreprises nouvelles, et qui se sont assurées ainsi la constitution de fortunes à « la Rockefeller » mais beaucoup plus conséquentes, « dernier partant oblige ».
Keynésienne aussi, et sans doute la plus intime de ses objectifs, la politique monétaire extérieure combinant la dévaluation contrôlée du yuan par rapport à un dollar, monnaie de référence aujourd’hui sans aucun doute pour contester son hégémonie, ce qui est déjà le cas aujourd’hui lorsque la Banque centrale chinoise prête en dernier ressort à l’URSS, très élégant pied de nez – à la chinoise – au FMI et aux péripéties impériales de la Russie de Staline.
Aucun de ces éléments des plus favorables à la poursuite d’une croissance élevée ne devrait faiblir, d’autant que s’y ajoute le retour des États-Unis à son évolution séculaire. Les deux nations devraient donc se prêter un concours mutuel, cependant menacé par le retour d’une concurrence idéologique entre deux variétés de capitalisme libéral ou d’État que laisse clairement percevoir la désinformation organisée sur la vigueur et la qualité de la croissance chinoise dans les médias occidentaux.
Mettre en cause la pollution de son environnement est-il oublier celle des banlieues industrielles des économies occidentales jusqu’au milieu du XXe siècle ? Insister sur la corruption, d’ailleurs dénoncée avant d’être réduite par le nouveau président chinois, n’est-il pas curieux, alors que ce phénomène est mondial, d’autant que désormais légalisé aux États-Unis sous la couverture des lobbys ? Annoncer à renfort de messages médiatiques la baisse d’une croissance lorsque celle-ci diminue de 7,5 à 7,4 % par an, alors que celle des États-Unis se maintiendra autour de 2,5 % et que celle de nombreux pays européens est nulle, voire négative comme en Espagne ou en Russie, ne frise-t-il pas le ridicule ou ne manifeste-t-il pas la volonté du capitalisme libéral de ne jamais céder volontiers le terrain à son rival désormais déclaré ? Et comment expliquer que les bourses chinoises et indiennes, dont les performances actuelles sont exorbitantes (30 à 40 %) ne font toujours pas l’objet d’informations quotidiennes dans la quasi-totalité des médias, alors que celle du Japon continue à manifester les difficultés de Tokyo ? Peut-être la crainte de voir les brokers chinois concurrencer avec succès les brokers londoniens et newyorkais à l’image du yuan réduisant lentement la part du dollar dans le marché mondial.

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Et l’Europe dans cette nouvelle coexistence annoncée ? Le déclin de la place occupée par l’Europe dans l’économie mondiale n’aura pas cessé depuis la Première Guerre mondiale, considérée à juste titre comme un suicide pour certaines des nations qui la composent, à commencer par la France. Évoquer « l’Europe » ainsi qu’il en est devenu coutume depuis un demi-siècle ne saurait suffire à lui conférer la stature d’un continent unifié comme il en est légitime pour les États-Unis et la Chine moderne. Toutes les invocations adressées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale à une Europe unie politiquement, possédant son « numéro de téléphone », font long feu depuis trois quarts de siècle avec des flammes qui auraient plutôt tendance à s’aviver. Certes, le libre échange des biens des personnes et des capitaux à unifier économiquement un espace de plus en plus grand, qui pourrait l’être davantage encore demain. Depuis quinze ans, l’union monétaire réalisée par la création de l’euro a intégré (???) plus une moitié de ses nations, dont les plus importantes.
Cette évolution presque séculaire n’a cependant pas abouti à une intégration politique fédéraliste, objectif avoué par les pères de l’Europe dès le Traité de Rome. L’euro considéré comme un sas incitatif au passage d’une union économique à un fédéralisme politique n’a toujours pas rempli cette fonction rêvée par ses créateurs. Au contraire, puisque des crises latentes ou ouvertes parcourent par intermittence la vie agitée. De surcroît, sur le plan politique, l’émergence de partis qui réclament le recul de l’intégration actuelle au profit d’un retour à une plus grande indépendance nationale s’accroît dans la plupart des pays de l’Union.
Cette évolution ne fait que traduire le fait oublié ou nié par les patrons du fédéralisme que l’Europe est un continent géographique morcelé depuis vingt siècles entre des populations de langue, de culture et d’histoire fort différentes, parcourues par des antagonismes de plus en plus guerriers au point de s’être entendu au monde tout entier… Vouloir forcer les peuples disparates à écrire une nouvelle et identique histoire relève d’une utopie politique assortie d’un corporatisme bureaucratique qui réunit à Bruxelles, Francfort et Strasbourg environ 25 000 personnes et… leurs familles. La bureaucratie peut infléchir les modes de vie mais non modifier l’âme des peuples.
Au nord de l’Europe, les Germains resteront conquérants et protestants, les Saxons farouchement indépendants de toute obédience, les Latins de moins en moins catholiques et de plus en plus épicuriens et les Slaves chériront leurs âmes dans leurs mouchoirs : généralités abusives évidemment… Mais ce très vieux fond n’a pas tardé à ressurgir pour donner à l’Europe son actuel visage. L’Angleterre a refusé d’adhérer à l’euro, a gardé sa monnaie et va jusqu’à menacer aujourd’hui de sortir de l’union économique. L’Allemagne a assuré ses succès économiques avant d’en user pour imposer ses recettes à toutes les autres nations, même à la Grèce d’Homère et d’Hérode. L’Italie, à supposer qu’elle soit réellement une nation intégrée, est très détachée à l’égard des prérogatives européennes (circulaires et autres injonctions) qu’elle considère avec l’éloignement que lui garantissent des activités officieuses, dites parallèles ou souterraines. La France, comme toujours cap de l’Europe et coupée horizontalement par la Loire, se cherche sans se trouver entre un européisme quasi religieux et l’indifférence que lui permet son goût très personnel pour un système dit D. Elle collabore officiellement avec l’Allemagne tout en résistant à sa volonté de conquête. Quant aux nations slaves, leur balkanisation demeure à l’image de leurs langues si différentes en dépit de leur origine commune.
Cette grande diversité des nations européennes demeure après néanmoins que l’intégration économique n’ait favorisé les échanges entre elles – ceux des biens toujours bienvenus et ceux des populations de moins en moins bien tolérées – et que la mondialisation n’ait provoqué la délocalisation de ces échanges et des productions vers l’Asie de la part de toutes les grandes et moins grandes entreprises (en Allemagne) dont l’activité est de plus en plus dépendante de la conjoncture des pays émergents, asiatiques surtout.
Exceptés ces deux phénomènes dont l’importance à la fois mondiale et intra-européenne ne saurait être sous-estimée, chacune des quatre principales nations européennes poursuit son chemin spécifique. L’Allemagne, toujours autant industrieuse, exporte vers le monde ses machines outils, sa chimie et son matériel roulant, accusant des excédents commerciaux désormais supérieurs aux déficits des autres pays, veut absolument croire que les recettes de sa réussite sont d’usage général et moral et s’estime légitime – soutenue par un succès lui-même dû à un cours de l’euro plus bas que ne le serait un mark « national » – de faire la loi à Bruxelles comme à Francfort, non sans oublier de soutenir la cour de Karlsruhe dans sa vanité juridique. Quelques menaces sur la poursuite de ces performances (hausse des salaires et déclin de la population autochtone, concurrence asiatique croissante) ne devraient pas l’empêcher de continuer à connaître une croissance sans doute moindre que dans le passé récent.
L’Angleterre a un objectif encore plus impératif que celui de ses grandes entreprises industrielles. Londres doit maintenir au moins, accroître si possible, sa position de centre financier mondial, dépassant le centre de New York dans cette fonction essentielle à l’équilibre financier mondial. Guerre sans déclaration mais non sans incidence sur toute sa politique à l’égard de l’Asie et, s’il le faut, de l’Europe (rapprochement possible avec les Allemands dont le système bancaire a souffert pendant que son industrie caracolait).
Il est difficile d’apprécier à travers les dernières officielles combien l’Italie a souffert de l’austérité imposée par l’Allemagne à travers les institutions européennes. La grande hétérogénéité économique de son espace et la vigueur accrue de son activité souterraine tempère sûrement l’étendue des dommages que le chômage déclaré paraît révéler. Sa conjoncture future devrait sûrement échapper à la récession actuelle pour tendre vers une stagnation très diversement supportée selon ses régions.
L’économie française ne devrait pas sortir de la récession-stagnation actuelle aussi longtemps que l’existence de l’euro lui interdit de renouer avec une politique économique indépendante, faite d’inflation plus ou moins élevée et de dévaluations périodiques à légères d’un mark toujours sous-évalué, avec intelligence. Et surtout aussi longtemps que la schizophrénie actuelle de ses dirigeants politiques – alimentée par celle de la population – n’aura pas avoué que le néolibéralisme imposé à l’Europe, d’abord par les États-Unis à la fin de la guerre, relayé depuis par les Allemands, n’est guère compatible avec le capitalisme d’État qui avait assuré, à la chinoise, sa croissance historique de la fin de la guerre jusqu’aux transferts pétroliers et à l’élection de Reagan aux États-Unis (1980)… une planification à la française faisant des entreprises le fer d’une lance à la hampe soutenue fermement par des investissements publics. Pour l’heure, népotisme et corporatisme constituent les deux ressorts d’un système D « à la française » qui résiste encore à l’euro et à la mondialisation. Pour combien de temps et quels en seront les mises en cause ainsi qu’inévitables ?

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Le moteur de sa locomotive condamné à voir baisser sa pression, l’Europe demeurera longtemps réduite à l’état d’une zone passive animée par l’activité des deux continents américain et asiatique, Chine en tête. La croissance de l’économie mondiale devrait s’établir aux alentours de 5 %, entre celle des États-Unis et celle de la Chine… Le déclin de l’hégémonie du dollar, concurrencée par l’usage du yuan ainsi que désiré par le gouvernement chinois, est inéluctable, bien que lent, non sans que Londres ne s’accapare flux et actifs financiers de tous bords, la City devenue l’équivalent de ce que fut l’Amirauté britannique aux temps fastes de l’empire colonial. Et les inégalités de dimension désormais mondiale devraient assurer un très bon temps à un capitalisme que la raison amène à être d’État ou d’Entreprises, ou les deux, au gré des vents de l’Histoire.

 

Alain Cotta
Professeur Émérite à l’Université Dauphine

 

2015 : une année et un début de cycle François 1er?

2015 : une année et un début de cycle François 1er?

 

                Pour le français et la Francophonie

 

En 2015, les friands de célébrations de centenaires ont le choix : Lusitania et guerre sous-marine ; génocide des Arméniens en 1915 ; Waterloo en 1815 ; mort de Louis XIV et chute en Régence en 1715… Célébrons plutôt les 500 ans de l’avènement de François 1er. 

 

Dans le flottement des « valeurs républicaines », après les évènements de janvier 2015 en France, la manifestation du 11 et ses détournements, l’action de François 1er prend en effet une résonance très moderne. Le roi imprimé dans nos mémoires par le « Marignan-quinzecentquinze » est beaucoup plus que cette victoire, renversée à Pavie.
 
Inspirateur et moteur de la Renaissance à la française, il vit surtout par ses actes déterminants dans nos domaines, marqués par quatre dates : 1530, 1534, 1535, 1539.

Créé en 1530, le Collège de France apporte une liberté nouvelle pour une époque de sclérose universitaire. Y être nommé professeur est la distinction suprême. Ses cours non diplômants de haut niveau gratuits et ouverts à tous sans inscription, en toutes disciplines, en font toujours un foyer rayonnant, qui tranche dans un « enseignement supérieur loi Fioraso ». Qu’il nous inspire pour abandonner la doxa du globish-pour-tous aliénant et vassalisant !

 

Envoyé en 1534 aux Amériques, Jacques Cartier prend pied au Canada. Le roi avait dénoncé le prétendu « testament d’Adam » : le traité de Tordesillas de 1494 réservant le « nouveau monde » aux empires espagnol et portugais. Affirmant le droit à une expansion française outre-mer.

 

D’abord sur elle repose la construction de cette francophonie que nos « élites » négligent, voire bradent. Alors que maints rapports vantent son potentiel. Tels ceux, brillants, en 2014, des éminents socialistes MM. Pouria Amirshahi et Jacques Attali. Aujourd’hui, hors de tout néo-colonialisme, il faut enfin vivifier la Francophonie, liée à la valorisation de nos DROM-COM et 11,2 Mkm2 d’espace maritime. Après le Sommet de 2014 à Dakar, l’heure est aussi à la coopération partout entre les sociétés civiles francophones, à commencer par celles des pays, communautés et collectivités locales, de langue maternelle française principale. ALF, pour sa part, cherche à étendre sa campagne « Communes pour la langue française » aux communautés francophones hors de France.
En 1535, notre « empereur en son royaume » conclut avec Soliman le Magnifique le traité qui donnait à la France l’exclusivité de la protection de tous les chrétiens dans l’immense empire ottoman alors à son apogée, donc une dimension mondiale à sa vocation politique et culturelle. Ce fut la base principale, confortée aux 17ème puis 19ème siècles, de notre dense réseau d’influence culturelle dans le monde entier. C’est aussi un exemple de contournement de l’empire alors le plus dangereux pour nous : celui des Habsbourg. A suivre aujourd’hui pour desserrer, en direction de la Russie et de la Chine, l’étau de l’actuel empire anglo-saxon.

 

En 1539, le grand Valois édicte l’ordonnance de Villers-Cotterêts, faisant du français la langue officielle du royaume, non point contre les langues régionales, mais contre le latin. Aujourd’hui, avec l’Etat propriétaire et la municipalité de Villers-Cotterêts qui a voté notre manifeste des Communes, nos associations entretiennent leur grand projet pour le château des Valois et Orléans et son vaste domaine. Mais la grande actualité de l’ordonnance, toujours en vigueur, tient à un possible regain d’intérêt pour la langue française et son enseignement (cf. notre article de JL Chédin). Au-delà de nos associations, des syndicats, et le gouvernement lui-même, proclament la nécessité et le devoir, à l’école et au-dehors, de revenir au français et à nos fondamentaux. « Il n'y a pas d'accès possible à la culture, au jugement, si on ne maîtrise pas le français », martelait le 21 janvier le président de la République lors de ses vœux à l'Éducation nationale. Au lendemain des attentats, la « maîtrise de la langue française » est proclamée « axe prioritaire ». « La citoyenneté à l'école, c'est contribuer au sentiment d'appartenance à la communauté nationale, qui passe d'abord par notre langue commune, le français », expliquait le 13 janvier Mme Vallaud-Belkacem. « Chiche, M. le Président, on ose!» répondait le syndicaliste M. Jean-Rémi Girard, (SNALC). « Un renforcement de l'enseignement du français : Oui! Mille fois oui! Qu'on arrête de le dire, et qu'on le fasse, une bonne fois pour toutes ! » Revenons donc au français, avec des horaires appropriés, au lieu du globish chéri des bobos. Et à l’histoire.
 
Alors : 500 ans après 1515, cette année « 2015 François 1er » pourrait-elle inaugurer un cycle de renouveau pour le français, la Francophonie organisée, notre action culturelle dans le monde, et pour une redécouverte par la France d’un « Grand Large » trop souvent négligé, à grand dommage, au profit de la chimère du pouvoir continental européen ?
 
Albert Salon.

Attitude des gouvernements français et œuvre de démolition de la langue française et de la Francophonie : 2007/2015

Atteintes Tolérées ou Portées par les Pouvoirs publics à français Francophonie depuis 2007.

 

Attitude des gouvernements français et œuvre de démolition de la langue française et de la Francophonie : 2007/2015

 

Graves atteintes tolérées, voire portées, depuis 2007 au texte et surtout à l’esprit de la Constitution (art.2) et de la loi Toubon.


Cela malgré les discours des deux Présidents de la République successifs, à partir de celui, de campagne, de 2007 à Caen, dont il convient de souligner l’excellence :


1) 2007/2012 :

- En janvier 2008, les parlementaires français ratifient le Protocole de Londres et le renoncement à l’exigence de traduction intégrale des brevets européens. Il n’a pas été tenu compte de l’avis très défavorable de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie (APF).

- En janvier 2009, les représentants de la France ont renoncé au rang de langue de travail du français au sein de l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA), et poussé les autres pays de la Francophonie à faire de l’anglais la seule langue, entérinant ainsi l’hégémonie linguistique anglo-saxonne, contre les intérêts de tous les francophones. 
L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) tente un rattrapage consistant à faire évoluer le régime linguistique de l’IRENA vers le plurilinguisme : avec quel appui français ? 
 
- En juin 2009, le Conseil Economique, Social et environnemental (CESE) écrit dans un rapport » que « le recours à l’anglais comme code commun se généralise, sans que cela soit nécessairement une menace pour la diversité des langues. C'est une facilité dont certains Français hésitent encore à se servir, alors que, pour d’autres, c’est la solution miracle ».

- En juin 2010, l’arrêté ministériel instituant l’anglais comme seule langue obligatoire pour l’épreuve orale du concours d’entrée à l’Ecole nationale de la magistrature (ENM) est validé par le Conseil d’Etat.

 

- En janvier 2012, l’Agence française pour le Développement (AFD), établissement public agissant pour le compte de l’Etat, émet un appel à projets pour une conférence le 14 juin à Paris. Elle exige de la part des soumissionnaires francophones des réponses exclusivement en anglais. Saisis par nos associations, les pouvoirs publics compétents n’ont pas réagi.

 

- Plus insensiblement, le français en France a perdu d’autres positions au cours de ce quinquennat. Ainsi, les autorités de l’aéronautique civile, du transport et du contrôle aérien français ont achevé d’imposer l’usage exclusif de l’anglais dans ces domaines. Il en est allé de même dans les sciences et la recherche, pour les appels à projets de l’Agence nationale de la Recherche (ANR). Un recours de nos associations fut rejeté par le Conseil d’Etat.

 

- Dans les institutions européennes, le gouvernement français n’a fait montre d’aucune fermeté ni opiniâtreté pour maintenir les positions de la langue française, attaquées quotidiennement par nos partenaires-adversaires ; il a même toléré que ses instructions et circulaires, notamment celle d’avril 2004 de M. Raffarin, fussent ignorées et bafouées par ses propres fonctionnaires, voire par ses ministres.

 

- En ce qui concerne la francophonie mondiale, insensiblement au cours de ces années, le gouvernement français a accentué la diminution des crédits pour notre action culturelle à l’étranger (écoles, lycées, établissements d’enseignement supérieur, instituts et centres culturels, Alliance française, Mission laïque…) ; il a mondialisé davantage l’aide française au développement au détriment d’une préférence pour les pays francophones ; il n’a pas sensiblement augmenté ses contributions aux institutions de la Francophonie-Communauté (OIF), tout en renforçant encore la préférence à son élargissement au détriment de son approfondissement ; il a, dans le « triangle Ottawa-Paris-Québec », rompu de fait l’équilibre délicat en privilégiant fortement les relations avec le Canada fédéral, au détriment de celles, naguère très étroites, qu’il entretient depuis le Général de Gaulle avec l’Etat fédéré québécois.


2) 2012/2015 : Le quinquennat suit et renforce la ligne du précédent :

 

- Dès janvier 2013, les pressions exercées depuis le début du siècle par certains milieux universitaires (MM. Pierre Tapie, le Pr Auger, Richard Descoings, entre autres) partisans de l’enseignement en anglais dans nos grandes écoles et universités - pressions déjà partiellement victorieuses sous le ministère de Mme Valérie Pécresse - ont maintenant abouti. Mme Fioraso put présenter un projet de loi portant réforme de l’enseignement supérieur, dans lequel un article 2 ouvrait grandes les vannes de l’enseignement en anglais, par une extension pratiquement illimitée des dérogations déjà permises par la loi Toubon.


Les réactions très vives de 32 associations en synergie, la mobilisation par leurs soins des académies, de diverses institutions et personnalités éminentes, ainsi que de parlementaires de tous bords, dont MM. Pouria Amirshahi (et ses 40 députés PS) et Daniel Fasquelle (UMP), ont conduit à des amendements. Le plus important de ces amendements pose l’interdiction d’offrir des formations diplomantes exclusivement en anglais. 


Mais la présence de ces amendements dans le texte voté, puis promulgué le 22 juillet 2013, n’a pas empêché une joyeuse prolifération, de formations illégales. Cela, plus grave encore, dans le silence et l’inaction complices des ministères auxquels la loi Fioraso votée fait pourtant obligation expresse d’accréditer les formations nouvelles, donc de refuser l’accréditation aux formations illégales.

 

Contre ces offres illégales, 14 associations, dont les principales agréées par les ministères de la Culture et de la Justice pour veiller à l’application de notre législation linguistique, ont déjà déposé des recours gracieux (elles s’apprêtent à en déposer d’autres, en continu…) ainsi que des recours juridictionnels devant les tribunaux administratifs compétents.
Elles estiment urgent que l’Etat rétablisse en la matière une légalité ouvertement bafouée.

 

- Le Président de la République en exercice avait annoncé en 2012 dans ses thèmes de campagne la ratification de la Charte des Langues régionales et minoritaires. Or une disposition très importante de cette charte rendrait possible pour ces langues d’accéder au moins en partie à l’officialité. Elle avait été jugée inconstitutionnelle par la Cour de la rue Montpensier. Les associations rappellent que la République n’a qu’une langue officielle. Les co-officialités détruiraient l’unité de la Nation et nuiraient gravement à la langue française.

 

- Depuis 2013 : la circulaire d’avril 2013 du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault sur l’obligation faite aux agents publics français d’employer la langue de la République en France, à Bruxelles (UE), et dans les institutions internationales, n’a pas été respectée.

 

- Les pouvoirs publics ont fait preuve d’un mépris croissant à l’égard des associations qui, très actives, veillent à l’application de la législation linguistique, et dont trois sont, à cet effet,  agréées par les ministères de la Culture et de la Justice. Leurs actions conjuguées ont été jugées gênantes à l’occasion de l’affaire Fioraso, notamment à ses débuts, car elles avaient appelé en vain à réagir les ministres dont les fonctions étaient directement affectées par le passage à l’enseignement en anglais : Mme Benguigui (Francophonie), Mme Filippetti (langue française en France), M. Fabius (réseau culturel à l’étranger, encore remarquable).

Gênante aussi leur action collective visant à obtenir, dans une grande campagne nationale « Communes de France pour la Langue française », l’équivalent d’un referendum d’initiative populaire en faveur du français, contre son remplacement imposé, par un appauvrissant « globish pour tous »

 

- Dans ce contexte de désarroi et d’abandon, il ne faut pas s’étonner de ce que la Commission de Bruxelles se soit crue justifiée à envoyer à l’automne 2014 aux plus hautes autorités françaises une note en anglais – du reste humiliante dans son contenu et sa forme - sur la présentation de son budget national. L’usage de l’anglais seul ajoutant à l’humiliation l’expression d’un mépris ouvertement insultant que des gouvernements français antérieurs n’eussent –eux - jamais toléré. Il devient essentiel et urgent de mettre un terme à une telle arrogance, comme à notre inadmissible tolérance.

 

Et M. Moscovici, ancien ministre français et récent Kommissaire à Bruxelles, est distingué « Carpette anglaise » en décembre 2014 pour avoir écrit une lettre officielle en anglais au ministre Michel Sapin…

 

-En ce qui concerne la francophonie mondiale, le gouvernement français a certes réaffirmé dans ses discours à la fois l’engagement francophone de la France, et un intérêt un peu réanimé pour la relation franco-québécoise, mais il garde en fait, là aussi, la même attitude fondamentale que son prédécesseur immédiat. Sa contribution à la préparation du Sommet francophone des chefs d’Etat et de gouvernement des 29/30 novembre 2014 à Dakar, et à la délicate succession du Secrétaire général de l’OIF, a manqué de vision et de sérieux, et au Sommet, l’élection de la Canadienne fédérale, ancien Gouverneur général à Ottawa, a bénéficié du soutien du Président de la République, contre les intérêts africains et français. 

 

Les Français les plus critiques  à l’égard de la politique gouvernementale du français et de la Francophonie depuis 2007 utilisent les constats ci-dessus pour dresser un réquisitoire en forfaiture et en trahison, et y voir le résultat d’une propagande et d’une action impériales de plusieurs décennies soutenue par nos « collabos de la pub et du fric » selon Michel Serres.


Nous ne voulons pas croire à cette thèse du complot. Plutôt à un « air du temps »  qui est propice à tous les désarrois et abandons, et qui ne touche pas seulement la France.
Mais avouons qu’il est de plus en plus difficile de s’en tenir à « l’air du temps » si commode.

 

Albert Salon, docteur d’Etat ès lettres, ancien ambassadeur, commandeur du Mérite national, coordinateur de réseaux francophones internationaux..

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